mercredi 20 mars 2019

Inventaire 52 - Saure Gurke

THE MATADORS Get Down From The Tree

THE MATADORS
Get Down From The Tree (Compilation)

Label : Munster Records
Année : 2011 (1966-68)
A1 Get Down From The Tree
A2 Old Mother Hubbard
A3 Hate Everything Except Of Hatter
A4 Sing A Song Of Sixpence
A5 You'll Be Mine
A6 I Think It's Gonna Work Out Fine
B1 Don't Bother Me
B2 I Feel So Lonely
B3 Láhev Kalorií
B4 Locomotion With You
B5 I Want To See You
B6 Extraction
C1 Indolence
C2 Farmer John
C3 Malej Zvon Co Mám
C4 My Girl
C5 Bad Bad Bird
C6 I'm So Lonesome (Out Of Reach)
D1 Shotgun
D2 Snad Jednou Ti Dám
D3 It's All Over Now Baby Blue
D4 I Must Hope
D5 Pay Pay Twist (Popeye's Theme)
D6 Zlatý Důl

Genre : Golden 60's
6° morceau de L'Inventaire 52 : Get Down From The Tree

Tomber sur la compilation d'un groupe de rock tchèque dont on n'a jamais entendu parler excite forcément la curiosité de l'auditeur compulsif, mais ne garantit aucunement la qualité. 
D'où la bonne surprise à l'écoute de ce double LP des Matadors qui s'en sort plus qu'honorablement tout au long de ses 4 faces. Certes, il y a quelques morceaux prévisibles, voire anecdotiques (I Think It's Gonna Work Out Fine ou l'instrumental ringard Locomotion With You) mais d'entrée les Matadors posent un son. La basse est bien lourde, la guitare électrique brute, sèche, enclenche la pédale fuzz quand il faut, le batteur est généreux en roulements et un orgue omniprésent rappelle immanquablement The Seeds et ? and the Mysterians. Avec la voix un peu gueularde du chanteur principal et son accent anglais mâtiné d'Europe de l'Est, on tient une identité, d'autant plus cohérente que la plupart des morceaux sont des compositions originales qui n'ont pas rougir de la comparaison avec celles de leurs contemporains anglais ou américains. Pas étonnant quand on sait que cette compilation est due à l'excellent label espagnol Munster qui touche sa bille en matière de garage rock et de pépites sixties.
Pop, jerk, mersey beat, blues, garage, un brin de psychédélisme, tout y passe avec, quelques fois, le plaisir d'entendre enfin un vrai rock dans leur langue d'origine. On trouve même en fin de face B un instrumental qui part en sucette pendant près de 6 minutes avec fuzz, wah-wah, dérapages d'orgue et probablement de synthé, reverb, delay, chambre d'écho... Mais pour faire connaissance, on a préféré choisir leur "tube" qui donne son nom à la compilation.
Apparemment leur nom viendrait de l'orgue Matador qu'ils étaient censés promouvoir et sur lequel jouait Jan "Farmer" Obermayer. La formation originelle s'est produite essentiellement en Allemagne de l'Est et a connu un véritable succès entre ses débuts en 1965 et ses derniers singles en 68. D'autres musiciens récupéreront le nom et reprendront le flambeau, ils passeront en Allemagne de l'Ouest pour accompagner la version germanique de la comédie musicale Hair...

Pour en savoir plus sur The Matadors...

DON PULLEN Poodle Pie

DON PULLEN 
Tomorrow's Promises

Label : Atlantic
Année : 1977
A1 Big Alice
A2 Autumn Song
A3 Poodie Pie
B1 Kadji
B2 Last Year's Lies And Tomorrow's Promises
B3 Let's Be Friends

Genre : Deviant jazz groove
5° morceau de L'Inventaire 52 : Poodle Pie

Il a collaboré avec Nina Simone, fait ses classes avec Charles Mingus et a puisé son inspiration chez l'un des fondateurs de l'Art Ensemble of Chicago, Muhal Richard Abrams. On lui doit une petite trentaine d'albums sous son nom et de multiples collaborations mais il semble complètement oublié aujourd'hui...
Don Pullen s'est promené dés les années 60 dans le free jazz et l'avant-garde en retrouvant l'essence du piano, instrument à percussion dont il pouvait jouer avec les doigts, les mains entières, les épaules, et tout ce qui permet de frapper sur les notes... Évitons de lui coller des étiquettes ou d'en faire un phénomène de foire cependant, après trois albums avec Mingus (Moves, Changes One & Two), le pianiste a gagné son autonomie et sort des albums qu'on rangera difficilement dans un bac précis. Jazz certainement, mais la notion reste vague. A l'image du Poodle Pie choisi pour l'Inventaire 52, les morceaux de Don Pullen peuvent ressembler à du jazz groove un peu léché de chez CTI, puis partir en vrille à la première occasion. Aussi funky que dissonant, l'artiste passe du populaire label Atlantic au plus déroutant Black Saint avec un naturel qui force l'admiration. Autre leçon tirée de l'Art Ensemble : aussi osées que soient ses improvisations, elles gardent ce côté ludique qui leur évite de basculer dans le cérébral pénible.
Sa discographie ne se croise pas tous les matins, tant mieux : il reste certainement encore plein de belles choses à découvrir.

SKIP MARTIN Cuckoo cha cha

SKIP MARTIN
Perfidia/Cuckoo cha cha

Label : Vogue
Année : 1961 ?
Genre : Exotica cha cha
 4° morceau de L'Inventaire 52 : Cuckoo cha cha

Lors d'un petit salon du disque, dissimulés derrière des 33t rares et chers, plusieurs dizaines de 45t n'attendaient que moi. Mambo, cha cha, grands orchestres latinos ou orientalisants, tout le gratin de l'exotica 50/60 se retrouvait là. Perez Prado, Miquel Cordoba, Manuel de Gomez y sus cansados, le groupe Ping Ping... Les noms d'artistes promettaient monts et merveilles !
Après une écoute rapide et une négociation à l'amiable, je repartais avec une quinzaine de disques et le sourire béat du ramasseur de champignon qui vient de tomber par hasard sur un coin à cèpes.
Parmi les découvertes, ce Cuckoo cha cha, face B du standard Perfidia par Skip Martin et son orchestre. L'artiste est oublié aujourd'hui. Il fut tout d'abord arrangeur pour big bands, notamment ceux de Count Basie, Benny Goodman et Glenn Miller. Dans les années 50, ses qualités d'orchestrateur l'amènent à Hollywood où il collabore à des comédies musicales, dont la plus grande d'entre toutes : Singin' In the Rain
Également compositeur et chef d'orchestre, il signera une dizaine d'albums entre 1956 et 1962, dont deux volumes de la série "Perspectives", très prisée pour ses pochettes. L'un de ses faits de gloire est une adaptation du Schéhérazade de Rimski Korsakov en version swing : Sheherajazz
Moins ambitieux, plus ludique, ce Cuckoo cha cha se construit sur deux notes au sifflet imitant le chant du coucou qui répondent à un motif rythmique à la cloche. Se déroule ensuite un irrésistible cha cha mid tempo sur lequel on imagine facilement les derniers fêtards un peu ivres, en smokings débraillés et robes de soirées chiffonnées, se déhancher en titubant, tandis que l'aube commence à poindre sur la Riviera...

THE SEQUENCE Funk You Up

THE SEQUENCE

Funk You Up (short version)/
Funk You Up (long version)

Label : Sugar Hill Records
Année : 1979
Genre : Old School/Good School
3° morceau de L'Inventaire 52 : Funk You Up (short version)

Voici donc le premier single enregistré par un groupe de rappeuse, The Sequence, un trio signé backstage lors d'une prestation du Sugarhill Gang par la tenancière du label historique : Sylvia Robinson
Leur histoire est courte : 4 ans (1979/83), quatre albums et une série de singles/maxis où le rap naïf et funky des origines côtoie quelques ballades synthétiques et sucrées qui accusent leur âge. 
Peu importe, le trio fait date, le morceau aussi qui inspirera Dr Dre, De La Soul et sera adoubé par l'immense Erikah Badu dans Love Of My Life Worldwide. Elle ne se contente pas d'y reprendre le "Ring, ding, dong, ring-a, ding, ding, dong" dans le refrain, mais invite carrément Angie Stone, survivante du trio, à venir l'accompagner dans cet hommage aux côtés de Queen Latifah et Bahamadia
Fait moins glorieux, The Sequence attaquera même Mark Ronson et Bruno Mars qui auraient samplé ce Funk You Up pour leur tube Uptown Funk (ce qui n'est pas évident à la première écoute). 
C'est un peu fort quand on sait que Funk You Up s'est lui-même largement inspiré du Rapper's Delight de Sugarhill Gang, lui-même pompé sur Good Times de Chic, etc, etc.

SIX BY SEVEN Bochum (Light Up My Life)

SIX BY SEVEN
04

Label : Saturday Night Sunday Morning Records
Année : 2004
A1 Bochum (Light Up My Life)   
A2 Catch The Rain    
A3 Sometimes I Feel Like...    
A4 Ocean    
B1 "................"    
B2 Ready For You Now    
B3 There's A Ghost    
B4 Say That You Want Me    
C1 Lude II    
C2 Leave Me Alone    
C3 Lude I    
C4 Hours    
D1 She Didn't Say    
D2 Pretty Baby    
D3 Ready For You Now (Original Version)

Genre : Epic shoegaze pop
2° morceau de L'Inventaire 52 : Bochum (Light Up My Life)

La brit pop des années 90 n'est plus qu'un tas de cendres quand Six By Seven débarque en 1996. Ne parlons même pas de la micro vague "shoegaze" avec son romantisme enfoui sous des couches de saturation à laquelle on tente parfois d'affilier ce groupe.
Ils arrivent donc au milieu de nulle part et la légende veut qu'ils aient vidé une salle, pleine de représentants de maisons de disques venus pour les signer, en jouant un morceau de 15 minutes. Ils s'acharnent et finissent par atterrir chez Mantra Recordings, une filiale de Beggars Banquet où ils côtoient de façon un peu surréaliste des artistes très éloignés de leur répertoire comme Natacha Atlas et Fun-Da-Mental. La carrière de Six By Seven s'annonce donc compliquée et elle le sera, malgré un noyau de fan qui se constitue très vite et ne les lâchera jamais, tout au long d'une carrière chaotique.
Il faut dire que le groupe ne fait aucun effort côté communication. Ils n'apparaissent que rarement sur leur pochette, leur clip sont anti-glamour au possible (Eat Junk Become Junk notamment) et plus généralement, leur côté punk est contrebalancé par des envolées lyriques qui semble embarrasser les amateurs d'étiquettes. Si dans un premier temps Six By Seven semble juste décalé (leur premier single Candlelight aurait fait merveille 8 ans plus tôt en pleine période "baggy groove") il trouve dès leur deuxième album leur ton, une curieuse mixture très électrique, un empilement de couches saturées emportées par la voix un peu nasillarde de Chris Olley. Quelques incendies punk-rock surgissent parfois mais, dans l'ensemble, les morceaux sont longs, tout en progression et finissent parfois par se ressembler. 
Pour ne rien faciliter, il y a des va-et-vient dans le personnel du groupe. Leur maison de disque les lâche au troisième album et ils se voient donc contraints de monter leur propre structure, Saturday Night Sunday Morning Records, qui hébergera aussi leurs projets parallèles. Aujourd'hui, le groupe se résume à Chris Olley qui pratique une espèce de krautrock dénaturé...
N'empêche, si vous mettez très fort ce Bochum qui ouvre le quatrième album, par exemple le matin en allant prendre votre douche, il n'est pas exclu que vous creviez votre plafond. C'est toute l’ambiguïté de la discographie de Six By Seven : parfois ennuyeuse, parfois irrésistible. 

AKSAK MABOUL Saure Gurke

AKSAK MABOUL
Onze danses pour combattre la migraine

Label : Kamikaze (Re : Crammed Discs)
Année : 1977
A1 Mercredi Matin
A2 (Mit 1) Saure Gurke (Aus 1 Urwald Gelockt)
A3 Animaux Velpeau
A4 Milano Per Caso
A5 Fausto Coppi Arrive!
A6 Chanter Est Sain
A7 Son Of L'Idiot
A8 DBB (Double-Bind Baby)
A9 Cuic Steppe
A10 Tous Les Trucs Qu'il Y A Là Dehors
B1 Ciobane
B2 The Mooche
B3 Vapona, Not Glue
B4 Glympz
B5 Three Epileptic Folk Dances
B6 Autre Chose D'Autre    
B7 Mastoul Alakefak
B8 Comme On A Dit

Genre : Autre
1° morceau de L'Inventaire 52 : (Mit 1) Saure Gurke (Aus 1 Urwald Gelockt)

Les types vont bientôt fonder Crammed Discs, un label ouvert sur l'électronique et les "musiques du monde" à une époque où le terme n'existait même pas. Mais il ne le savent pas encore en 1977. Ils s'appellent Marc Hollander et Vincent Kenis, ils jouent de plein d'instruments et s'intéressent à toutes les musiques. 
Dans cet album sans queue ni tête mais plein d'inspiration, il y a un peu de reprise (une comptine, un morceau de Duke Ellington...), la mise en musique d'un traité médical du XIXe (Chanter est sain), l'ouverture d'un opéra dédié à Fausto Coppi, une enfant qui chante furieusement, des influences berbères et pygmées et roumaines... On y joue de tas de claviers différents plus ou moins synthétiques, du darbouka, du xylophone, du sax, de la clarinette, du violon et de l'accordéon, de la mandoline, de la boîte à rythme rudimentaire et puis quoi encore ? Des voix parfois. Aksak Maboul c'est moins intello que Zappa. De l'absurde qui retombe sur ses pieds. Ça se range chez les ludiques irrésistibles, pas loin de Don Cherry et Pascal Comelade
Les ventes à l'époque furent relativement confidentielles, mais l'album est devenu une espèce de référence souterraine, un objet du culte qu'il est de bon ton d'évoquer (mais pas évident à passer) en soirée. Et aujourd'hui l'original vaut cher, bien sûr...
Heureusement, il y a les rééditions et les émissions de radio qui permettent de faire remonter tout ça à la surface. C'est moins romantique qu'un grenier ou une malle au trésor, mais ça sert aussi à ça la radio : rattraper le temps perdu tout en laissant filer son imagination.

jeudi 27 décembre 2018

Inventaire numéro 51 - Violenza

KAT ONOMA The Animals

KAT ONOMA
Stock Phrases

Label : Just'in Distribution
Année : 1989
A1 The Animals    
A2 Private Eye
A3 Lady M.
A4 Lifeguard's Ditty
B1 A Wind That Hungers
B2 The Landscape
B3 Four Color Game
B4 Ashbox
B5 Worst Friend

Genre : Rock cubiste
8° morceau de L'Inventaire 51 : The Animals

Parce que ses membres étaient moins crétins que les Ramones, Kat Onoma eut vite fait de se faire taxer de "rock intello". 
C'est sûr qu'avec ses mises en musique de poème ou ses paroles tirées du Livre des ecclésiastes, Rodolphe Burger, chanteur et guitariste du groupe, envoie le rock français dans une galaxie à laquelle Jean-Louis Aubert n'avait jamais aspiré. Mais c'est surtout au niveau du son et de la production que Kat Onoma laisse beaucoup de monde à la traine. La sempiternelle formule guitare/basse/batterie est ici augmentée d'un trompettiste, Guy Bix Bickel, qui occupe de façon peu orthodoxe, nerveuse et puissante, l'espace laissé par le reste du groupe. 
Ce deuxième LP, enregistré à Bruxelles, un an après le confidentiel Cupid, va les mettre dans la lumière, notamment grâce au single The Animals dont le clip tourne miraculeusement sur M6. Ils resteront cependant estampillés groupe France Inter/Télérama parce que dans ce pays, on aime bien les étiquettes et que le rock sente un peu des pieds. 
L'affaire durera cinq albums studio et deux live, Burger continuera en solo à sortir des albums, accompagnera d'autres artistes, des lectures, du cinéma et offrira à Bashung le terrible Samuel Hall, un morceau écrit à l'origine pour Kat Onoma, mais dont il était convaincu que Bashung le chanterait mieux que lui. La classe, non ?

LOS BRAVOS I'm cuttin' out

LOS BRAVOS
Black is black

Label : Barclay/Decca
Année : 1966
A1 Trapped
A2 Baby, Baby
A3 Make It Easy For Me
A4 She Believes In Me
A5 Will You Always Love Me
A6 Black Is Black
B1 Stop That Girl
B2 Give Me A Chance
B3 I'm Cuttin' Out
B4 Two Kinds Of Lovers
B5 You Won't Get Far
B6 Baby, Believe Me 

Genre : Jerk endiablé
7° morceau de L'Inventaire 51 : I'm cuttin' out

C'est peut-être le plus connu des groupes espagnols (qui a dit Las Ketchup ?), essentiellement pour un tube, Black is black, que même Johnny Hallyday reprendra dans une version française assez baroque. 
Le chanteur de Los Bravos est d'origine allemande, sa voix est puissante et son accent anglais tient bien la route. Le reste du groupe vient des quatre coins d'Espagne et assure le service minimum sans faire trop d'étincelles non plus. Pour le reste, ça dépend essentiellement des compositions qu'on leur refile, entre rock, rhythm'n'blues et pop parfois un peu niaise.
Ce n'est pas le cas de cet I'm cuttin' out au tempo infernal, sélectionné pour ce mix. Il est dû au tandem  Martin/Coulter, un Écossais et un Irlandais du nord qui écrivaient aussi pour les Troggs, Cliff Richard, Elvis Presley... et occupèrent plusieurs fois la première place des charts anglais, notamment avec Puppet On A String interprété par Sandie Shaw.
Cet album sera le seul véritable succès international de Los Bravos. Ils restent des stars en Espagne avec les deux suivants et, certainement inspirés par l'exemple des Beatles, tournent même dans deux films où ils jouent "leur propre rôle". En 1968, leur clavier Manolo Fernandez se suicide, mais le groupe continue avec un remplaçant. Dans la foulée, le chanteur Mike Kennedy cède sa place et sera finalement remplacé par un Anglais, Andy Anderson, frère du Jon Anderson coupable des parties de clavier du groupe Yes
Malgré tous ces bouleversement, Los Bravos sortent des albums jusqu'en 1970. je ne connais personne qui les a écoutés...

BREATHER Embrace On The Summit

BREATHER
Loves and Disloves

Label : Sonic Incision Records
Année : 1981
A1 Radiation    
A2 Maya    
A3 Embrace On The Summit    
A4 Melting Of The Guns    
A5 Behold The Power (Behold The Love)    
B1 Miami    
B2 Dank Ashes    
B3 Watching You Grow
B4 Bury The Mystique

Genre : Darkindusexperimentalsongs
6° morceau de L'Inventaire 51 : Embrace On The Summit

A un moment il faut y aller. Le disque est perdu dans un bac au milieu de dizaines d'autres. La pochette vous fait vaguement de l’œil mais rien n'est familier là-dedans. Ni le nom du groupe, ni celui des musiciens qui le composent, encore moins celui du label ("Sonic Incision Records", ça sent le déséquilibre mental) dont cet album porte le numéro 001 et sera l'unique référence. 
C'est pourtant bien pour ça qu'on fouille les bacs. Pour découvrir, explorer cette zone obscure des disques orphelins, là où la main de l'homme n'a que très peu laissé trainer son oreille. La déception est souvent au rendez-vous, la plupart du temps le disque retourne dans cet oubli qu'il n'aurait jamais dû quitter... Mais pas cette fois.
Breather serait donc un duo de San Francisco qui n'aurait réalisé que cet album en 1981. Le verso de la pochette annonce bien une version cassette de l'album avec trois titres supplémentaires mais un peu d'exploration virtuelle nous apprend que l'objet n'a jamais vu le jour. Le disque ne s'est pas vendu, le groupe s'est dissout et Bliss Blast,qui chantait, jouait de la basse et du clavier dans le groupe est aujourd'hui membre d'une communauté de jardiniers, constructeurs, artistes et activistes de tout poil qui ont développé un village écologique... 
En 2010, contacté par un fan tardif, il avouait avoir retrouvé une dizaine d'exemplaires neufs de cet album, qu'il était prêt à céder pour un prix raisonnable à qui en voudrait. C'est peut-être un peu tard mais ça valait le coup. Basse en avant couplée avec des bruits de machines et des percussions métalliques typiques de l'indus', chant grave et mélancolique qui rappelle immanquablement la voix imprécise mais hantée de Ian Curtis de Joy Division, mélodies simples, discrètes, mais mélodies quand-même : il y a quelque chose. 
A l'instar d'Embrace On The Summit qui vient plomber notre mix numéro 51, il y a dans chacune de ces neuf chansons un climat, un mystère, un pouvoir suggestif. Comme lorsqu'on a découvert Crime & The City Solution, on finit l'écoute un peu déstabilisé, pas franchement joyeux, mais avec une curieuse envie d'y revenir pourtant.


NATALIE COLE Unpredictable You


NATALIE COLE
A : I Got Love On My Mind
B : Unpredictable You

Label : Capitol
Année : 1977
Genre : Disco funk
5° morceau de L'Inventaire 51 : Unpredictable You

Elle est la fille de l'immense Nat King Cole, pianiste, compositeur et crooner à la voix douce, connu entres autres pour sa classieuse version de Quizas, Quizas, Quizas
Natalie Cole débarque dans le bizness de la musique au beau milieu des années 70, alors qu'émerge la vague disco. Ses albums alternent les ballades sirupeuses et les munitions pour pistes de danses qu'elle enflamme de sa voix qui sait se faire tour à tour suave et puissante. A l'image de ce disque dont la face A est un slow baveux, magnifiquement chanté mais pas franchement excitant. En face B, sur le redoutable Unpredictable You, Natalie se promène du grave à l'aigu avec une aisance d'autant plus efficace que derrière s'agitent quelques pointures du funk chicagoan. Et c'est pour ça qu'on aime le format 45t : il offre deux faces, et donc deux chances de décrocher le gros lot...
Plus tard, Natalie Cole laissera tomber le groove, retournera vers le jazz et réalisera un duo virtuel (Unforgettable) avec son père décédé en 1965 : un tube ! 
Elle est morte en 2015 en laissant derrière elle une large discographie qui pourrait bien receler d'autres surprises.

PALE SAINTS Way The World Is

PALE SAINTS
The Comforts of Madness

Label : 4AD
Année : 1990
A1 Way The World Is
A2 You Tear The World In Two
A3 Sea Of Sound
A4 True Coming Dream
A5 Little Hammer
B1 Insubstantial
B2 A Deep Sleep For Steven
B3 Language Of Flowers
B4 Fell From The Sun
B5 Sight Of You
B6 Time Thief 

Genre : Mystic shoegaze
4° morceau de L'Inventaire 51 : Way The World Is

En 1990, quand sort ce premier album des Pale Saints, Bernard Lenoir vient de retrouver l'antenne de France Inter, Les Inrockuptibles est encore une revue qui fait rêver et le retour de la brit pop s'annonce comme un phénomène excitant pour cette partie de la jeunesse qui demande à la musique d'exprimer l'inexprimable. 
Outsiders absolus, les Pale Saints débarquent de nulle part (de Leeds en réalité, mais ça pourrait tout aussi bien être de la planète Mars) avec des couches de guitares saturées pour porter la voix éthérée de Ian Masters dont les textes sont aussi mystérieux que ceux de Guy Chadwick de House of Love, autre héros maudit de l'époque. 
Les mélodies aussi, qui semblent flotter en suspend quelque part dans l'atmosphère, à la fois mélancoliques et pourtant lumineuses. A l'image de ce Way The World Is qui ouvre l'album, les chansons émergent du bruit, de la confusion, d'un marécage sonore indéfinissable pour s'élever vers des hauteurs parfois mystiques ou se transformer en d'étranges comptines (Little Hammer). On pense parfois à Galaxie 500, la voix de canard en moins, et aussi à Cocteau Twins et d'autres groupes de l'écurie 4AD qui, logiquement, signe les Pale Saints.  
On assimile souvent le groupe au courant "Shoegaze" (Slowdive, Ride, Lush, My Bloody Valentine) sauf que ces groupes étaient censés jouer de la guitare saturée la tête baissée vers leurs pompes, tandis que Pale Saints lève ostensiblement la tête vers les cieux...
Leur étrange singularité ne tiendra pas longtemps cependant. Dès le deuxième album, l'arrivée de  Meriel Barham engagera le groupe vers la voix de la normalité. Ian Masters quittera les Pale Saints avant l'anecdotique et dernier troisième album. 

THE LAST POETS Black is

THE LAST POETS
This is Madness

Label : Celluloid (Ori : Douglas)
Année : 1971
A1 True Blues
A2 Related To What Chant
A3 Related To What
A4 Black Is Chant
A5 Black Is
A6 Time
A7 Mean Machine Chant
A8 Mean Machine
B1 White Man's Got A God Complex
B2 Opposites
B3 Black People What Y'All Gon' Do Chant
B4 Black People What Y'All Gon' Do
B5 O.D.
B6 This Is Madness Chant
B7 This Is Madness

Genre : Grand Slam
3° morceau de L'Inventaire 51 : Black is Chant/Black is

Leur nom paraît terriblement prétentieux. Les derniers poètes. Et après ? En fait, le nom vient d'un écrivain sud-africain, Little Willie Copaseely, qui pensait faire partie de la dernière vague des poètes avant que les armes ne prennent le dessus.
Peut-être fallait-il l'entendre aussi dans le sens des "nouveaux" poètes, comme on parle du "dernier" album de Machin... 
Mais en fait peu importe : The Last Poets est avant tout une forme inédite, un trio vocal issu du mouvement des droits civiques qui émerge au début des années 70 aux États-Unis et pratique une sorte de politique poétique, exécutée à grands coups de slams, généralement accompagnés par un percussionniste, parfois par un cuivre ou d'autres instruments (on recommande l'album Delights of the Gardens avec le funky drummer Bernard Purdie).
Avec Gil Scott-Héron, ils annoncent clairement l'avènement du rap. Mais en fait leur forme est tellement épurée, leur maîtrise de la métrique tellement impressionnante et leur scansion tellement mélodique qu'ils dépassent ce statut de précurseurs. Les Last Poets sont les inventeurs de leur propre forme. Même les morceaux les plus minimalistes transpirent la profondeur de la soul, l'énergie du funk et la liberté du jazz. Leurs disques ne vieillissent pas et, malheureusement, leur message non plus...
Ainsi, n'importe quel morceau aurait trouvé sa place dans un mix, mais c'est Black is qui l'a emporté, peut-être pour cette strophe :
Black is digging John Coltrane
John Coltrane as he blows
No, not as he blows
But as he tells you of his life
Which is his peoples' lives
Which is all our lives
Blow, Trane, blow
Listen, black people, listen
Listen to Trane as he blows away your life
    

REDSKINS Unionize

REDSKINS
The Peel Sessions

Label : Strange Fruit Records
Année : 1987 (enr : 1982)
A1 Unionize
A2 Reds Strike The Blues
B1 Kick Over The Statues
B2 The Peasant Army

Genre : Punk & Politic
2° morceau de L'Inventaire 51 : Unionize

Il n'existe qu'un album studio des Redskins. Il sort tardivement, en 1986, alors que Nick King, l'un des membres fondateurs, a déjà raccroché les gants. Groupe radical par ses idées (deux de ses membres sont encartés au Socialist Workers Party), ils militeront activement contre Margaret Thatcher et refuseront de se joindre à Paul Weller et Billy Bragg pour soutenir le parti travailliste qu'ils trouvent trop mollasson. 
Pour autant, leur musique directement influencée par les Sex Pistols et les Clash garde une certaine fraicheur, voire une joie, particulièrement palpable sur ces titres issus d'une Peel Session enregistrée le 9 octobre 1982 et diffusée le lendemain sur les ondes de la BBC 1. Probablement parce qu'ils sont rejoints ici pour la première fois par un trompettiste, un tromboniste et un saxophoniste qui accentuent leur énergie brute et donnent un peu de lyrisme à cette révolte viscérale qui les caractérise. On sent que les influences de soul et rhythm'n'blues ne sont pas loin, même si le groupe n'aura jamais la richesse métissée des Clash ni la perfection d'écriture des Buzzcocks. Des seconds couteaux éminemment sympathiques, emblématiques d'un contexte où la révolte en musique était joyeuse et naturelle. Les paroles d'Unionize restent d'ailleurs d'actualité en 2019 :  
"We can talk of riots and petrol bombs
And revolutions all day long
But if we fail to organise
We'll waste..."