mardi 24 janvier 2017

Inventaire 45 - Une sale histoire

KIP TYLER She's My Witch

THE GODFATHERS OF PSYCHOBILLY
(compilation)

Label : Not Now Music
Année : 2012
A1 Ray Ethier : Slave Girl
A2 Paul Revere & The Raiders : Orbit
A3 Dale Hawkins : My Babe
A4 Link Wray & His Ray Men : Jack The Ripper
A5 The Checkers : Stormin'
A6 Ricky Coyne : Short Fat Fannie
A7 Jerry Warren & The Tremblers : Rompin'
A8 Red West : Ain't Nobody Gonna Take My Place
B1 Frankie Gem : Crystal Rock
B2 Johnnie Strickland     : She's Mine
B3 The Carnations  : Casual
B4 Dennis Herrold : Hip Hip Baby
B5 Burt Blanca : Shamash
B6 Jack & Jim : Midnight Monsters Hop
B7 The Strangers : Caterpiller Crawl
B8 Jimmie Patton : Okie's In The Pokie
C1 Link Wray & His Ray Men : Slinky
C2 Connie Dycus : Rock A Bye Baby Rock
C3 Wes Dakus & The Club 93 Rebels : El Ringo
C4 Andy Anderson : Tough Tough Tough
C5 The Rhythm Rockers : Crisis    
C6 The Rock-A-Tones : One More Chance
C7 The Frogmen : Under Water
C8 Edwin Bruce : Sweet Woman
D1 Kip Tyler : She's My Witch
D2 Dick Dale & His Del-Tones : Del-Tone Rock    
D3 The Teen Beats : Califf Boogie
D4 Ronnie Self : Ain't I'm A Dog
D5 The Scorpions : Riders In The Sky
D6 Billy Eldridge : Let's Go
D7 Link Wray & His Ray Men : Radar
D8 Screaming Lord Sutch : Til The Following Night

Genre : Psychobilly (what else ?)
6° morceau de L'Inventaire 45 : She's My Witch

Il y a bien quelques noms familiers (Link Wray l'inventeur de la distorsion, Screaming Lord Sutch disciple de Jay Hawkins, le roi du surf instrumental Dick Dale et le gominé Burt Blanca) mais il faut être un sacré "garage boy" pour identifier l'intégralité des sauvages réunis sur ce double LP. 
Les enregistrements couvrent une courte période qui va de 1957 à 1961. Celle où le rock'n'roll part dans tous les sens, découvre les joies du son sale et violent, explose dans une débauche de sous-entendus sexuels et digère l'imaginaire horrifique du cinéma de drive-in. Les morceaux atteignent rarement les trois minutes et sortent rarement de la sacro-sainte alliance guitare-basse(contrebasse en fait, la plupart du temps)-batterie. J'ai cru entendre hurler un saxophone de temps en temps mais n'était-ce pas la voix nasillarde d'un crooner déglingué qui a sorti deux 45t avant de se reconvertir dans la vente de voitures d'occasion dans un coin perdu de l'Arizona ? 
On ne peut même pas parler de "one hit wonders", la plupart des tires n'ayant pas brillé dans les charts de l'époque. C'est tout à l'honneur du label Not Now, spécialisé dans les rééditions de blues et soul d'avoir débusqué ce matériau précieux sur des face A ou B de 45 tours perdus devenus aujourd'hui la proie de collectionneurs maniaques qui les gardent jalousement au fond d'un coffre. 
Quant à Kip Tyler, qui trône au beau milieu de notre Inventaire 45, il a enregistré une petite poignée de 45 tours mais reste surtout vénéré pour ce She's My Witch qui s'est arraché à 192 dollars en janvier dernier.
Ici, c'est gratuit.

FAMILY ATLANTICA Manicero

FAMILY ATLANTICA
(1er album)

Label : Soundway
Année : 2013
A1 Fly Through The Lightning To Speak With The Sun
A2 Incantation To The Ancestors
A3 Arena
A4 Cumbacutiri
A5 Libation At The Gate Of No Return
B1 Jaia
B2 Manicero
B3 Pranto Do Banzo
B4 Escape To The Palenque
B5 El Apamate
C1 El Negrero (Slave Ship)
C2 Gaita Psycadelica
C3 Myths And Proverbs
C4 Clavelito Colorado
C5 Eboka Ritual
D1 Tamunangue Blues
D2 The Griot's Blessing
D3 Pescador Saharawi
D4 La Familia
D5 Speak To The Spirit Of The Sea 

Genre : Afro-Latin Spiritual Jazz (according to the sticker)
5° morceau de L'Inventaire 45 : Manicero

En matière de réédition, le travail du label Soundway fait déjà partie des chouchous des Inventaires (voir ici, ou encore ). Mais tout en continuant avec la même rigueur et le même enthousiasme ce travail d'archéologie musicale, le DJ et producteur Miles Cleret et son équipe tentent aussi de débusquer les groupes actuels qui correspondent à l'esprit de la maison : métissage musical et un goût prononcé pour la danse. On reviendra probablement sur Fumaça Preta, collectif anglo-portugo-vénézuélien qui essaime les scènes du monde avec son espèce de funk psychédélique et possédé. 
Mais dans le mix 45, c'est Family Atlantica, qui rassemble également des musiciens du Vénézuela et d'Angleterre auxquels viennent ici s'ajouter une légende de l'éthio-jazz, Mulatu Astatke et d'autres pointures des musiques africaines et d'Amérique du Sud. 
Difficile ici de faire le tri entre les musiques traditionnelles, les classiques latinos revisités et les créations, d'autant plus que les morceaux ne sont pas signés. Ils sont en revanche tous arrangés par Jack Yglesias, percussionniste et multi-instrumentiste, l' un des piliers de la Family Atlantica avec Luzmira Zerpa, la voix principale du groupe, aussi impressionnante dans les incantations mystiques que dans les enluminures  ou les envolées vocales qui hantent cet album. 
Alternant des morceaux débridés laissant la part belle à l'improvisation et des plages très courtes chargées de spiritualité, ce double LP n'est jamais prévisible. 
Il existe d'innombrable versions de Manicero, choisi pour ce mix, connu parfois sous le nom américanisé de Peanuts Vendor, mais aucune n'a cette signature rythmique. 
Le groupe, adoubé par le grand manitou du Worldwide Festival, Gilles Peterson, vient de sortir son deuxième album, toujours chez Soundway : Cosmic Unity.


THE BYRDS Eight Miles High

THE BYRDS
Fifth Dimension

Label : Columbia
Année : 1966
A1 5 D (Fifth Dimension)
A2 Wild Mountain Thyme
A3 Mr. Spaceman
A4 I See You
A5 What's Happening?!?!
A6 I Come And Stand At Every Door
B1 Eight Miles High
B2 Hey Joe (Where You Gonna Go)
B3 Captain Soul
B4 John Riley
B5 2-4-2 Fox Trot (The Lear Jet Song)

4° morceau de L'Inventaire 45 : Eight Miles High

Deux chansons sorties en cette même année 1966 peuvent suffire à définir le psychédélisme dans la pop musique : Tomorrow Never Knows, sa sitar et ses bandes inversées, parue sur Revolver des Beatles, et Eight Miles High, qui ouvre la deuxième face du bien nommé Fifth Dimension des Byrds
Un peu hippie sur les bords, country dans l'âme, ambassadeurs idéals de Dylan (de nombreuses reprises, avec leurs cascades d'arpèges brillants et des harmonies vocales célestes, qui subliment l'écriture essentielle du chanteur nasillard), The Byrds sait aussi être un groupe de rock débridé, parfois au bord de l'expérimental, quand l'inspiration et les produits divers leur ouvrent les portes de cette fameuse cinquième dimension. 
Eight Miles High s'ouvre sur un riff de guitare saturé, qui s'étiole à mesure que la chanson avance, pour basculer finalement dans un solo bruitiste et déstructuré, tandis que les vocaux, graves et mélancoliques ravivent le concept d'inquiétante étrangeté. C'est un moment de liberté absolue et décisif dans la pop musique.
C'est aussi, à l'époque, un emballement médiatique pour dénoncer une chanson sous psychotropes, qui freinera sérieusement l'ascension alors irrésistible du groupe. En fait, si l'on en croit le chanteur et guitariste Roger McGuinn, la chanson aurait été inspirée par India de John Coltrane
On a furieusement envie de le croire...

FAB FIVE FREDDY Une salle histoire

RAP PARTY FROM 
NEW-YORK CITY (compilation)

Label : Disc'AZ International
Année : 1983
Fab Five Freddy : Une Sale Histoire (Female Version)
Trouble Funk : Pump Me Up
The Smurfs : Smurf For What It's Worth
Phase II : The Roxy
Futura 2000 With The Clash : The Escapades Of Futura 2000
D.S.T. And The Infinity Rappers : Grand Mixer
Fab Five Freddy : Une Sale Histoire (Male Version) 

Genre : Old School/Good School
3° morceau de L'Inventaire 45 : Une salle histoire (female version)

" Quand ça explose, le hip hop, c'est un truc magique. (...) C'était presque le comble du mauvais goût, avec leurs anoraks, leurs joggings... Ils réinventent tout, le langage urbain (...) il y a des nouveaux mots, "bug", "wack", "yo", etc. Une espèce de fraîcheur sidérante, une créativité hallucinante. (...)  
Fab Five Freddy c'est particulier, un dandy intello, une passerelle avec le monde blanc, il a fait un rap pour Blondie, gros succès commercial.(...) Je suis là, on se dit "Ouais, on va faire une tournée en Europe!". Donc je viens en France, je rencontre Alain Maneval, qui bossait pour Europe 1, il avait aussi une émission de télé. Il me dit "ça peut nous intéresser, allez voir notre maison de disques AZ". Les mecs me donnent 170 000 balles pour faire cinq maxis. J'en parle à Karakos, et on monte une division rap de Celluloïd, via AZ.(...) J'écris alors une chanson pour Freddy, "Change The Beat", en me disant "ça va faire un méga tube en France". On a fait la tournée en 1982, le "New York City Rap Tour". C'est un fiasco, faut dire les choses comme elles sont.(...)
"Change The Beat", j'écris donc les paroles en français à Fab Five Freddy*. C'est ma copine de l'époque, B-Side, qui a pour mission, puisqu'elle parle un peu la langue, d'apprendre phonétiquement la chanson à Freddy, parce que lui est feignant. Donc il arrive, il n'avait rien appris, et on passe la nuit à enregistrer, avec Bill Laswell, on n'arrive pas à comprendre le phrasé de Freddy, alors à la fin de la nuit, l'ingé-son lance "La fille là, elle sonne pas mal", et on se dit qu'on va l'enregistrer avec elle. On l'a mis sur la face B.
En Europe ça devient disque de la semaine.
A l'époque, quand on entend une voix sexy qui dit "Change The Beat", les mecs téléphonent, ça s'affole.
Curieusement, le disque n'a pas marché en France mais "Change The Beat", la version rappée par B-Side commence à passer à New York et ça fait un tabac. On est en 1982 ! On a entre vingt et trente ans...
C'est devenu absolument culte, alors que le disque c'est une erreur, moi je ne suis pas musicien, donc cette chanson on ne savait pas comment la finir, on a juste tenté de mettre un "this is so fresh!!" en passant la voix avec ce nouvel outil, le vocoder. Et c'est cet enregistrement que GrandMixer DST va scratcher sur le mythique Rock It de Herbie Hancock !"
Bernard Zekri in "Culture Jeune - L'épopée du rock" de Benoît Sabatier, collection Pluriel, éditions Hachette

*C'est cette version en français qui s'intitule ici "Une salle histoire".

VIOLENT FEMMES Flamingo Baby

VIOLENT FEMMES
Why Do Birds Sing?

Label : Slash Records
Année : 1991
A1 American Music
A2 Out The Window    
A3 Look Like That    
A4 Do You Really Want To Hurt Me
A5 Hey Nonny Nonny    
A6 Used To Be
B1 Girl Trouble    
B2 He Likes Me    
B3 Life Is A Scream    
B4 Flamingo Baby    
B5 Lack Of Knowledge    
B6 More Money Tonight    
B7 I'm Free

Genre : Twisted Folk Rock
2° morceau de L'Inventaire 45 : Flamingo Baby

En voilà un groupe qui ne doit rien à personne. Les Violent Femmes, formé par des anciens copains de lycée au début des années 80, Brian Ritchie, bassiste et multi-instrumentiste et  Victor De Lorenzo, batteur, recrutent un garçon à la voix étrange, un peu nasillarde mais très habitée, Gordon Gano. Des espèces de punks acoustiques, de folkeux déjantés, un alliage inconnu de sons boisés et de brutalités électriques, sur des paroles tout aussi mystérieuses encombrées de sexualité coupable, de rébellion spontanée, d'imagerie biblique et de confusion politique. 
Les Violent Femmes préfère jouer dans la rue plutôt que de répéter, autoproduisent leur premier album vaguement signé chez Slash Records et acquièrent progressivement un public de fans inconditionnels au milieu de concerts chaotiques. Ce cinquième album aurait pu être celui de la consécration, avec sa reprise aussi sincère qu'incongrue du tube planétaire de Culture Club : Do You Really Want To Hurt Me. Mais non : le groupe garde la mainmise sur ce son rêche et sans reverb, définitivement pas taillé pour MTV. R.E.M. et Nirvana connaîtront le succès, les Violent Femmes resteront dans la galaxie parallèle des influents-vénérés-qui-vendent-peu, pas très loin de Giant Sand. C'est peut-être ça qu'on appelle "laternatif"...
On retrouve un peu de leur ADN dans un trio qui émerge en 1992, 16 Horsepower, (ce même son d'Amérique profonde et traditionnelle, avec un discret parfum punk et white trash), sans savoir que, dans l'indifférence quasi générale, les Violent Femmes continuent de sortir des albums quelque part dans la galaxie. Le dernier date de 2016, il s'appelle We Can Do Anything

MOON BIRDS Safari Rock 2

MOON BIRDS
Cosmos N°1

Label : Disques Ibach 
Année : 1977
A1 Cosmos Nº 1
A2 Fly In The Night
A3 Safari Rock 1
A4 Safari Rock 2
A5 Interlude
A6 Daddy Music
B1 Cristal Nº 3
B2 Baby Moon
B3 It's America 1
B4 It's America 2
B5 Cyprus
B6 Silver Moon

Genre : Touche française
1° morceau de L'Inventaire 45 : Safari Rock 2

On le sait : Air et Daft Punk n'ont rien inventé. A la fin des années 70, tandis que les révolutions punk et disco envahissent les médias, une autre vague, plus discrète mais peut-être pas moins importante, infuse les radios et les chaines hi-fi en douceur. Une débauche de sonorités électroniques sur des rythmes disco, rock, slow, voire reggae, quelque part entre les pionniers de l'électronique et le easy listening. Les groupes s'appellent Space, Space Art, Moon Birds... et sont souvent lancés par des producteurs opportunistes à la poursuite de l'air du temps. En l’occurrence Umberto Petrucci, alias Humbert Ibach, parolier de variété puis directeur de label et manager de Isabelle Morizet (rien à voir avec le chanteur des Smiths...) qui deviendra sous son égide Karen Cheryl
C'est à cette période qu'il sent le vent de la "Cosmic Synth Pop" souffler dans sa nuque et recrute quelques musiciens de session pour le projet Moon Birds. Ça durera deux ans, deux albums aux frontières de l'espace et du ridicule, mais parfois portés par une espèce de poésie naïve, avec des mélodies très simples et des sons éthérés qui donnent envie de marcher en apesanteur.
Aujourd'hui, évidemment, vu que tout ce qui est rétro est beau, ces groupes qui encombrent les dépôts-vente depuis des décennies font l'objet d'un petit culte mais se trouvent quand-même beaucoup plus facilement qu'un original des Beatles. Il suffit de déplacer la pile de disques de Jean-Michel Jarre derrière laquelle ils sont généralement cachés...   

dimanche 27 novembre 2016

Inventaire 44 - Kou Kino Mambo

THE REMAINS But I Ain't Got You

THE REMAINS
Diddy Wah Diddy


Label : Eva Records
Année : 1983 (compilation)
A1 All Good Things
A2 When I Want To Know
A3 Why Do I Cry
A4 Ain't That Her
A5 I Believe In You
A6 Mercy, Mercy
A7 My Babe
A8 Time Of Day
A9 But I Ain't Got You
A10 I Can't Get Away From You
B1 Diddy Wah Diddy
B2 Once Before
B3 Lonely Weekend
B4 You Got A Hard Time Coming
B5 Say You're Sorry
B6 Don't Look Back
B7 Thank You
B8 Me Right Now
B9 Heart

Genre : Rock 60's
7° morceau de L'Inventaire 44 : But I Ain't Got You

Grandeur et décadence d'un groupe plein de promesses... The Remains, parfait quatuor de rock qui s'est formé sur les bancs de l'université de Boston, n'aura existé que deux petites années. 
Au début, comme tout le monde, ils alignent les reprises de rock'n'roll et de rhythm'n'blues, en injectant ici et là des compositions de leur chanteur guitariste Barry Tashian. La mayonnaise prend : les Remains ont un son, brut mais élégant, et se défendent très bien sur scène, notamment en Nouvelle-Angleterre où ils tournent inlassablement. Signature sur le label Epic, passage au très populaire Ed Sullivan Show de Noël, leurs 45 commencent à tourner en radio et se vendre, notamment leur reprise du Diddy Wah Diddy de Bo Didley et Why Do I Cry, typique de l'écriture de Tashian, à mi-chemin entre le rock garage et cette pop mélancolique que les Anglais appelaient "Merseybeat". 
Et justement, les Beatles reviennent en 66 aux États-Unis pour ce qui s'avérera leur dernière tournée. En pleine ascension, les Remains sont recrutés pour assurer leur première partie dans 14 villes américaines durant trois semaines. Ce devait être leur rampe de lancement, ce sera leur chant du cygne : le batteur décide brutalement de quitter le groupe qui tentera mollement de le remplacer avant de jeter l'éponge...
Dans les années 80, le label français Eva sort cette compilation qui contient 19 titres, soit plus que leur unique LP et les quelques 45t d'époque en proposaient. Deux ans plus tard, ce sera Fan Club, sous label de New Rose, qui sortira un double album encore plus fourni. C'est ce qu'on appelle de beaux restes : jamais groupe n'aura aussi bien porté son nom !


JAD WIO L'Amour à la hâte

JAD WIO
Contact

Label : Garage/Just In distribution
Année : 1989
A1 Priscillia
A2 Brilnombrilnom
A3 L'Amour A La Hâte
A4 3615 Mad Sex
A5 B.B. Pin Up Boy
B1 Ophelie
B2 Version X Du Beauty And The Beast
B3 Gimme Ur Night
B4 Ride On
B5 C'Est Ça

Genre : Cabaret New-Wave
6° morceau de L'Inventaire 44 : L'Amour à la hâte

"Moite, moite, tu m'fais moite
Moite, moite, l'amour à la hâte". 
On reconnaît tout de suite une chanson de Kbye et Bortek, la double identité derrière l'entité Jad Wio. Un mélange caractéristique d'ambiance cabaret, de production new-wave et de riffs garage, le tout emballé dans une imagerie cuir SM du meilleur effet, avec suffisamment d'humour pour ne pas sombrer dans le ridicule.
Ne cherchez pas ailleurs la touche de glamour qui a toujours manqué au rock français, elle est là, dans cette curieuse mixture apparue au milieu des années 80. Tandis que les autres groupes français tentent tant bien que mal de souffler sur les dernières braises du punk et récupèrent l'affreux qualificatif de "rock alternatif", Jad Wio parvient à hybrider les rythmiques froides de Bauhaus et la sueur des Cramps, tout en assumant subtilement l'influence de Gainsbourg. On retrouve d'ailleurs dans L'Amour à la hâte un clin d’œil à Melody Nelson ("Tu as le cheveu rouge / C'est ton parfum naturel"). Quant au titre de l'album, Contact, il fait référence à un titre que Gainsbourg avait écrit pour Brigitte Bardot, et que Jad Wio reprendra sur leur 33t suivant, Fleur de métal, un album construit autour du concept de "beatnick sidéral" dont le vinyl vient d'être réédité et qu'on trouve ces jours-ci à 10€ un peu partout. 
Je serais vous, je foncerais !

FRANK ZAPPA and THE MOTHERS Camarillo Brillo

FRANK ZAPPA and THE MOTHERS
Over-Nite Sensation

Label : Discreet 
Année : 1973
A1 Camarillo Brillo
A2 I'm The Slime
A3 Dirty Love
A4 Fifty-Fifty
B1 Zomby Woof
B2 Dinah-Moe Humm
B3 Montana

Genre : Country-Jazz-Rock
5° morceau de L'Inventaire 44 : Camarillo Brillo

Génie absolu pour les uns, virtuose pénible pour les autres, Zappa est un artiste à part : tout le monde est au moins d'accord là-dessus. 
Mais évidemment, ça ne dit pas grand chose de cette discographie qui ressemble à une jungle, forte d'une soixantaine d'albums combinant studio et enregistrement de concerts, avec les Mothers of Invention ou sous son nom seul. 
Les étiquettes lui dégringolent toutes dessus mais n'adhèrent jamais totalement : psychédélique, progressif, fusion, jazz-rock, expérimental mais aussi parfois  très classique avec des morceaux de pur rock'n'roll, des sonorités country, des rythmes reggae ou funk... Il faut des agités dans le genre de Pacôme Thiellement pour oser aborder son œuvre dans son ensemble et forcément s'engager sur des chemins ésotériques. Ou bien des musicologues avertis, de savants mélomanes capables d'analyser compositions et arrangements pour extraire la substantifique moelle de cette créativité compulsive.
Si vous n'appartenez pas à ces deux catégories, que vous ne faîtes pas non plus partie des fans transis, ni des allergiques hostiles au bonhomme, reste l'option aléatoire : piocher au hasard des rencontres dans cette inépuisable discographie et choisir ici ou là une chanson qui vous accroche l'oreille. 
Ainsi, en toute subjectivité, au mépris de tout contexte et de tout argumentaire, ce Camarillo Brillo se retrouve au beau milieu de notre Inventaire 44. Eusse-t-il été signé George Michael que ça n'aurait pas changé grand chose !


RUFUS THOMAS The Funky Bird

RUFUS THOMAS
Crown Prince of Dance

Label : Stax
Année : 1973
A1 Git On Up And Do It
A2 I Know You Don't Want Me No More
A3 Funkiest Man Alive
A4 Tutti Frutti
A5 Funky Robot
B1 I Wanna Sang
B2 Baby It's Real
B3 Steal A Little
B4 I'm Still In Love With You
B5 The Funky Bird

Genre : Papy Groovy
4° morceau de L'Inventaire 44 : The Funky Bird

Rufus Thomas a 56 ans lorsqu'il enregistre ce cinquième album en 1973. Sa carrière est déjà longue, entamée depuis les années 30 de façon itinérante dans les "tent shows", au sein du groupe Rabbit Foot Minstrels. En 1953, il s'est déjà acquis une solide réputation de chanteur, danseur et "entertainer" à Memphis et ses environs, quand Sam Phillips lui demande de venir enregistrer pour Sun Records une réponse au Hound Dog de Big Mama Thornton. Ce sera Bear Cat, premier véritable succès du label (numéro 3 des charts R'n'B) deux ans avant l'arrivée d'Elvis Prelsey.
Mais c'est 10 ans plus tard, au sein du label Stax dont il est l'une des premières signatures avec sa fille Carla, que Rufus Thomas prend toute son ampleur. Certes, plus foutraque et dilettante que James Brown, il doit quand-même être considéré comme l'un des pères fondateurs du funk, qu'il préfère saignant, brut et nettement plus fun que le parrain du genre. 
Sur scène et sur ses albums, Rufus crée ainsi tout un tas de danses associées à des animaux et créatures diverses. Du Walking The Dog de son premier LP chez Stax  (que reprendront les Rolling Stones) aux Funky Robot et Funky Bird qui figurent sur cet album, en passant par les mémorables Funky Chicken et Funky Penguin, Rufus Thomas danse au milieu de son propre bestiaire, comme le "funkiest man alive" qu'il reste encore, 15 ans après sa mort !

THE TOM TOM CLUB Pleasure Of Love

THE TOM TOM CLUB
Close To The Bone

Label : Island/Sire
Année : 1983
A1 Pleasure Of Love
A2 On The Line Again
A3 This Is A Foxy World
A4 Bamboo Town
B1 The Man With The 4-Way Hips
B2 Measure Up
B3 Never Took A Penny
B4 Atsababy! (Life Is Great)

Genre : Fun & Funky
3° morceau de L'Inventaire 44 : Pleasure Of Love

En 1981, Tina Weymouth et Chris Frantz, joli couple qui assure la redoutable section rythmique des Talkingheads, décide d'aller prendre l'air et de monter un projet convivial (un personnel fluctuant d'une dizaine de membres), familial (les trois sœurs de Tina Weymouth sont de la fête) et surtout très libre. 
Le Tom Tom Club réussit un mélange inédit de rythmes propres à enflammer les pistes de danse  avec des sonorités venues d'un peu partout, une pointe d'Afrique par-ci, une phrase venue d'extrême-orient par-là, un peu de frénésie latino cachée ailleurs, le tout enrobé d'une électro qui est tout sauf froide et robotique. Les Talkingheads en moins rock et plus fun ! 
Ce qui ne semblait au départ qu'une récréation, voire une blague inspirée, va en fait connaître un succès considérable. Deux singles inondent les radios et les clubs : Wordy Rappinghood et le multi-samplé Genius Of Love (143 occurrences référencées dont It's Nasty de Grandmaster Flash dès 1981). 
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Même si le Tom Tom Club ne retrouvera jamais le succès de ces deux premiers hits, leur discographie compte cinq albums studios jusqu'à The Good, The Bad and The Funky sorti en 2000.  
Close To The Bone, leur deuxième album, ne contient pas de véritable tube mais reste de très haut niveau avec ses huit chansons mid-tempo, polyrythmiques et bourrées d'idées. Si la violence souterraine du guitariste Adrian Belew n'est plus de la partie, le synthé onirique de Wally Badarou a pris le relais et prolonge cette célébration de la vie et des couleurs qui caractérise le groupe et que retranscrivent à merveille les pochettes dessinées par James Rizzi.

SALAD Cardboy King

SALAD
Ice Cream

Label : Island Records
Année : 1997
A1 U.V.    
A2 Yeah Yeah    
A3 Written By A Man    
A4 Broken Bird    
A5 Wanna Be Free
A6 A Size More Woman Than Her   
B1 Cardboy King    
B2 Namedrops    
B3 Foreign Cow    
B4 Terrible Day    
B5 Wolves Over Washington
B6 The Sky's Our Terminal

Genre : Sugar Pop
2° morceau de L'Inventaire 44 : Cardboy King

Une de ces comètes que la pop a produit tout au long de son histoire, et particulièrement lors du renouveau britannique des années 90 : la carrière du groupe Salad dure sept ans mais se résume en fait à deux albums sortis à deux années d'écart. 
Emmené par Marijne Van Der Vlugt, une jeune Hollandaise mannequin et présentatrice sur MTV Europe, Salad affiche d'emblée un mélange de glamour et de guitares saturées qui tombe pile poil. Sans avoir la punk attitude d'Elastica ni le féminisme incisif d'Echobelly, le groupe se fait remarquer par la presse spécialisée dès ses premiers singles auto-produits et se retrouve signé sur le prestigieux label Island Records. Motorbike To Heaven frôle de près le top 40 et Drink The Elixir est en rotation intensive sur MTV (et en France sur M6). Sorti en 1995, l'album Drink Me atteint la 16ème place du classement anglais...
Sauf qu'il y a 10 000 groupes anglais qui se partagent le morceau à ce moment-là, que le deuxième album se plante en beauté, certainement parce que le son et les compositions de Salad manquent de cette étincelle qui fait les grands groupes : n'est pas Blondie qui veut. 
Island va les lâcher après le flop de leur dernier single, ce Cardboy King qui reste pourtant toujours aussi frais 20 ans après.
"On nous a assimilés à la Britpop mais on était plutôt une version précoce de Kaiser Chiefs." affirme aujourd'hui Marijne, sans qu'on comprenne exactement ce qu'elle entend par là...






THE SURFERS Kou Kino Mambo

LES SURFERS
Tahiti

Label : Barclay (Or : HiFi Records)
Année : 1960
A1 Drums Of Tahiti    
A2 My Sweet Sweet    
A3 Kou Kino Mambo     
A4 My Wahine & Me    
A5 Song Of Old Hawaii    
A6 Tiare    
B1 Ulili E    
B2 South Sea Island Magic    
B3 Beauty Hula    
B4 Kuu Lei    
B5 Kalua    
B6 Nane Waimea
Genre : Hawaiian mood
1° morceau de L'Inventaire 44 : Kou Kino Mambo

Entre 1959 et 1974, les Surfers d'Hawai (il existe une flopée d'autres groupes portant le même nom) vont enregistrer neuf albums dont un live, une compilation de morceaux tirés de films "exotiques", un album de noël... 
Il y avait un engouement dans les années 60 pour cette sonorité particulière qui mêlait harmonies vocales, rythmiques au ukulélé, guitare hawaïenne slidée et vibraphone. S'il nous est difficile aujourd'hui d'affirmer que ceux-ci sont meilleurs ou moins bons que les Waikiki Brothers ou les Merrymen, on appréciera à sa juste valeur ce Kou Kino Mambo : un chant doux mais enlevé, posé sur une basse vocale irrésistible. Le procédé faisait fureur à l'époque, une technique héritée des groupes de Doo-wop qu'on retrouve sur le Book Of Love des Monotones ou I Wonder Why des Belmonts. Ce que la pop sucrée sixties avait de mieux à offrir, une sorte de paradis perdu... 

On apprend au dos de la pochette que les Surfers "trouvent que Tahiti est le meilleur de leurs disques, parce qu'il comprend les titres qui leur sont réclamés le plus fréquemment quand ils se présentent au Stardust ou au Flamingo à Las Vegas et au Edgewater Beach Hotel de Chicago."
N'ayant pas d'élément de comparaison on les croira sur parole et l'on en profitera pour étudier attentivement la pochette intérieure qui nous explique (enfin) comment fonctionne un disque hi fi stéréo Barclay :